Archives des articles tagués Pays Bas

Kreukreuscopie est le blog de Laurent Chambon, sociologue et politologue français vivant à Amsterdam depuis 1998. Spécialiste de la place des minorités en politique, il est conseiller municipal depuis mars 2006 pour le parti travailliste (Partij van de Arbeid) dans l’arrondissement du Vieux Sud à Amsterdam (Stadsdeel Amsterdam Oud-Zuid), et le seul élu local européen (non-néerlandais) aux Pays-Bas.

Co-fondateur du site Minorites.org, il est relativement présent, en tant que sociologue et élu, dans les médias français pour parler des Pays-Bas et dans les médias néerlandais pour parler de la situation française.

J’aime à lire ce blog, car son point de vue est souvent pertinent et percutant. Et la lecture de ce post, à son retour d’un voyage de travail en Ile de France (d’où il est originaire), m’a touchée, car finalement, c’est ce que je ressens aussi : la fracture sociale grandissante, la haine envers les minorités… Et comme il le dit vachement mieux que moi, je vous invite à lire son blog ici.

Et tout ça me donne une folle envie de partir…

Publicités

Initiative ludique ce 12 février dernier dans les écoles néerlandaises.

Afin de sensibiliser au réchauffement climatique, les écoliers, les fonctionnaires et les employés des entreprises du domaine de l’énergie se sont glissés dans leurs pulls les plus chauds, afin de baisser la température des bâtiments de 2 °C.

Les plus grandes universités du pays participaient également à l’initiative, qui a eu lieu pour la quatrième année de suite. D’après l’organisateur, le Syndicat du Climat, cela permet d’économiser beaucoup d’énergie  (sans pour autant la quantifier, ce qui est moins pédagogique.)

Et prouve aussi qu’on peut survivre même s’il ne fait pas 23°C dans la pièce…

C’est du moins ce qu’une grande majorité d’entre eux feraient si l’argent et le travail n’avaient pas d’impact sur le lieu d’habitation. La côte et la campagne ont aussi les faveurs des Néerlandais.

Et comme je les comprends !! Lors de mon dernier voyage aux Pays Bas l’été dernier, j’ai eu l’occasion de découvrir les petites bourgades d’Edam, Volendam, Monnickendam (mon préféré !!) et Marken, le pittoresque petit village de pêcheurs. Ces villages, à à peine 10 ou 15 kms d’Amsterdam, sont situés dans la région d’eau Waterland. Les canaux y sont légion, et cela donne un aspect particulier à cette campagne des polders. Evidemment on est loin de la campagne made in Normandie, mais c’est sans doute pas plus mal.

Loin du rythme de la ville, tout ici y est paisible et agréable. Les gens disposent souvent d’un petit canal au bout de leur jardin, et se déplacent en barques, façon Dawson’s Creek !

Malheureusement, les villes et les promoteurs immobiliers sont loins des préoccupations de calme et de verdure des habitants. Le gouvernement exige que 40% des nouvelles constructions aient lieu dans des zones déjà densément urbanisées, ce qui signifie souvent que l’on commence à construire des tours et des barres d’immeubles à la française au lieu des maisons individuelles dont rêvent les Hollandais.

L’un des facteurs prépondérants dans ce choix de vie hollandais est le contact avec la famille et les amis, et la préservation du lien social. Ce n’est évidemment pas dans les grandes villes que l’on connaît le mieux son voisin. On apprend ainsi que certaines régions des Pays Bas ont la côte, et que d’autres, telles Utrecht, pas tellement… L’étranger est aussi une alternative pour 25% d’entre eux. En première place des pays où il fait mieux vivre… la Belgique ! Arrivent ensuite la France, le Portugal et l’Italie, qui plaisent par leur climat. L’Allemagne aussi attire, mais oui, mais là c’est davantage pour son marché immobilier (l’immobilier est horriblement cher en Hollande – comptez 600 000€ pour une maison moyenne dans cette campagne amstellodamoise).

Je me rejoins à cette idée qui gagnerait à être appliquée en France, pays encore plus concentré que les Pays-Bas : deux tiers des sondés souhaiteraient que l’état favorise l’étalement des populations et la densification des campagnes en aidant les entreprises et les transports, ainsi que les théâtres et autres activités culturelles. Ceci permettrait de rendre attractives toutes les régions du pays… A méditer aussi en France où un habitant sur six habite en Ile-de-France, et où la moitié de ces Franciliens sont des provinciaux exilés pour le travail…

Si je devais nommer la plus grande différence entre Français et Néerlandais / Flamands, elle porterait je pense sur la notion de devoir. J’ai souvent rencontré des gens en France qui enfreignaient la loi (ou le réglement intérieur, n’exagerons rien !) parce que ça les arrangeait bien, et parce qu’ils n’y voyaient pas grand mal. Que ce soit mal vu était sans importance, que cela soit préjudiciable à autrui n’était pas un argument. Sans parler de réel égoïsme (tous les Occidentaux le sont après tout), je pense qu’il y va là du je-m’en-foutisme général.

En Flandres, et a fortiori je pense aux Pays-Bas, c’est un peu l’inverse. Le sens du devoir social et surtout, le regard d’autrui, y sont très importants. Dernier exemple en date : le déblayage de la neige. Les Pays Bas sont frappés par de fortes tempêtes de neige ces derniers temps, auxquelles il faut ajouter des températures glaciales et, pour ce week-end, beaucoup de vent. Récemment, la majorité des communes avaient retiré de leur réglement communal l’obligation de déneiger les voiries, pour éviter les procès. Résultat, le Premier Ministre Balkenende a aujourd’hui rappelé les habitants à leur sens civique : il faut déblayer son trottoir, parce que c’est bon pour les autres. Parce que c’est comme ça, et qu’il faut bien le faire, les gens se plient de bonne grâce à cette invective de bon sens. Et de rappeler qu’à l’étranger, il est encore obligatoire de déneiger, sous peine d’amende et de responsabilité civile en cas d’accident. Je me souviens qu’en Flandre ma mère, qui n’était pas en état de nettoyer son long trottoir, n’avait qu’une peur bleue tous les hivers que quelqu’un se casse la figure devant chez elle. Elle en était tellement malade qu’elle a déménagé dans un appartement. En France, je ne suis pas sure qu’on s’en serait autant préoccupé….

Et d’ailleurs, avec le blizzard annoncé pour ce week-end dans le coin, il va bien falloir se résoudre à sortir nous-mêmes les pelles et les balais : Bruxelles annonce ne plus avoir assez de sel que jusqu’à mardi, les Pays Bas jusqu’à lundi ! Sortez les pelles et chaussez vos crampons !!

On a beaucoup parlé des dysfonctionnements (pour dire le moins) d’Eurostar le week-end dernier et début de semaine, où à cause des conditions météo défavorables, le trafic a été interrompu pendant plusieurs jours, avec cinq trains (et Claudia Schiffer) coincés dans le tunnel pendant des heures.

En France, l’une des seules réactions notables à l’incident, c’est « l’indignation bling-bling » du Président Sarkozy, qui en bon Empereur, a exigé une reprise à 100% dès lundi matin. Point barre. Que Guillaume Pépy se débrouille avec ça. A part ça, on cherche à comprendre ce qui a pu aller de travers, mais les réactions sont encore relativement modérées.

En Belgique aussi, on a souffert de l’arrêt de l’Eurostar (qui dessert aussi Bruxelles). Sauf que là, même la presse est intraitable. En plus de reprendre les propos colériques du spécialiste voyages de Test-Achats (« Les droits des passagers ont été violés de façon flagrante »), les journalistes y vont de leurs petits commentaires, et loin de s’en tenir à leur devoir de réserve, dressent la liste des gaffes du transporteur : pas d’information sur le site Internet, ni de traces d’un numéro à appeler; pas de boissons ni d’alimentation à bord du train (« il n’est pas possible qu’il n’y ait rien à manger dans ces trains, au moins pour la 1ere classe » : en tout cas, pour les TGV courte distance, il n’y a en effet plus d’alimentation à bord); pas d’assistance au voyageur (un couple avec enfants s’est vu renvoyer à l’hôtel alors qu’une demi-heure plus tard, un train quittait la gare avec des enfants, jugés prioritaires. « Ils pourraient les poursuivre ! »); pas de compensation pour les nuits d’hôtel, sauf pour les Britanniques coincés à l’étranger. Bref, un manque de service qui ne passe pas chez les Belges. Pourtant, le trafic national a été également fort perturbé, mais là, on n’a rien dit. Il faut dire que les conditions climatiques y étaient encore pires qu’en France, les gens ont sans doute été plus compréhensifs quand il s’agissait de ne pas avoir de train pour aller travailler.

Mais ceux qui ont vraiment souffert du mauvais temps cette semaine, ce sont les Hollandais : seulement 15% des trains circulaient le week-end dernier ! Chez les Bataves non plus, on ne rigole pas avec la notion de service. Même si ici, contrairement à la France, on a conscience que, ben, c’est l’hiver, et qu’il faut se résoudre à moins prendre la route quand il neige et fait du verglas. Et même si ici la Reine n’a pas émis d’ordre vague et péremptoire à la Sarkozy Ier, la chambre des députés a quand même demandé une enquête sur les conditions de ces ratés, et comment les éviter à l’avenir. Au moins c’est un peu plus constructif. En attendant, les chemins de fer hollandais sont la risée de leurs voisins allemands, dont le climat est sensiblement le même, mais où le trafic est bien plus constant. Il faut dire qu’ils investissent énormément préventivement, et dégèlent les voies tous les jours pour éviter les problèmes… Ils se disent donc prêts à conseiller leurs voisins si besoin…

On croirait qu’au Benelux on a l’habitude de gérer les inconvénients du froid tel qu’il sévit en ce moment (surtout car l’on croit qu’il y fait froid comme en Sibérie, ce qui n’est évidemment pas le cas. Non, non, je vous jure).

Néanmoins, le Telegraaf.nl nous apprend que la majorité des villes néerlandaises ont préféré renoncer à évoquer la question du patinage sur les canaux et lacs gelés dans leur réglement municipal, afin de ne pas faire croire aux habitants que la ville était responsable en cas de chutes ou de bris de la glace.

Dans un pays assez procédurier (ils n’ont pas colonisé le Nord-Est des Etats-Unis pour rien…), les Hollandais ont en effet la fâcheuse tendance de faire des procès en responsabilité aux maires des villes où de tels accidents se produisent. Il y a encore quelques années, les réglements municipaux stipulaient que les civils avaient l’obligation d’évacuer la glace sur ordre de la police, et que les panneaux indiquant les zones dangereuses étaient interdits, afin de ne pas abîmer davantage la glace fragile. Tout ceci induisaient dans l’esprit des gens que la ville était responsable en cas d’accident, mais il n’en est rien. Les municipalités préfèrent donc ne plus rien dire, même s’il est toujours vivement déconseillé de patiner en cette saison, pas encore assez froide pour cette activité.

En Belgique, on se plaint plutôt de l’inefficacité des services d’épandage. Alors que les chutes de neige de ces jours-ci étaient prévues (un peu moins pour les premières en Flandres occidentales apparemment), les associations d’automobilistes Touring et VAB en ont assez de constater qu’à 11H du matin, il y avait encore 150km de bouchons rien qu’en Flandre.

Ils estiment que les services d’épandage n’ont pas retenu leurs leçons du chaos sur les routes l’année dernière. Il fallait hier 3 heures pour faire Gand-Bruxelles, la file de gauche étant neutralisée. Les services d’épandage se défendent en disant ne pas pouvoir faire plus : le salage préventif a bien été effectué, et ce sont près de 320 saleuses qui ont été mobilisées en Flandres, dès minuit. On est donc loin des faibles moyens français dans nos régions peu habituées au gel (le Nord, Paris, la Normandie…), et l’on comprend soudain beaucoup mieux pourquoi c’est tellement le bazar à Roissy dès qu’il tombe trois flocons…

Notre vie moderne comporte des aspects négatifs, et parmi eux, le Telegraaf nous annonce que chaque année les Néerlandais gaspillent des montagnes de nourriture.

Ce n’est pas nouveau, et ils ne sont certes pas les seuls, malheureusement. On apprend néanmoins que chaque Hollandais jette 50kg de fruits, viande, pain et autres aliments périssables.

Ce qui me frappe davantage (sans pour autant tellement m’étonner…), c’est le ton de l’article, qui une fois de plus, ne se focalise que sur l’aspect financier de cette perte. Le Ministère de l’Agriculture, de la Nature et de la qualité alimentaire (mais oui) trouve nécessaire de changer les habitudes de ses concitoyens, qui jettent ainsi à la poubelle entre 270 et 400€ par an.

Le Centre Alimentaire, créé et financé par la Ministère, étudie donc ce « phénomène » et conclue que la majorité de ce gaspillage est dû à une conservation au mauvais endroit des produits, et à l’achat en trop grande quantités. Le Centre a donc établi un Top 12 des conseils pour limiter ce gaspillage, émis un petit guide à glisser dans son portefeuille pour nous indiquer les conditions de conservation optimales par produit : ne pas acheter plus que nécessaire, éviter les promos au supermarché, mettre son frigo à 4°C, vérifier deux fois par semaine les dates de péremption des produits du frigo, congeler le pain, optimiser les restes en faisant une autre recette avec, privilégier les plus petits conditionnements s’il vous reste régulièrement du surplus… Le sujet sera le projet phare du Centre Alimentaire pour 2010.

Dommage qu’on ne fasse pas plus appel au sens civique des gens, mais l’aspect financier sera peut-être plus incitatif…