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Kreukreuscopie est le blog de Laurent Chambon, sociologue et politologue français vivant à Amsterdam depuis 1998. Spécialiste de la place des minorités en politique, il est conseiller municipal depuis mars 2006 pour le parti travailliste (Partij van de Arbeid) dans l’arrondissement du Vieux Sud à Amsterdam (Stadsdeel Amsterdam Oud-Zuid), et le seul élu local européen (non-néerlandais) aux Pays-Bas.

Co-fondateur du site Minorites.org, il est relativement présent, en tant que sociologue et élu, dans les médias français pour parler des Pays-Bas et dans les médias néerlandais pour parler de la situation française.

J’aime à lire ce blog, car son point de vue est souvent pertinent et percutant. Et la lecture de ce post, à son retour d’un voyage de travail en Ile de France (d’où il est originaire), m’a touchée, car finalement, c’est ce que je ressens aussi : la fracture sociale grandissante, la haine envers les minorités… Et comme il le dit vachement mieux que moi, je vous invite à lire son blog ici.

Et tout ça me donne une folle envie de partir…

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C’est une tribune qui a suscité la colère (et la réaction pitoyable) de Bernard Kouchner. Guy Verhofstadt, ancien Premier Ministre belge d’origine flamande et plutôt bien accepté des deux côtés de la frontière linguistique, a écrit au Monde pour dire ce qu’il pensait du débat sur l’identité nationale d’ Eric Besson et consorts.

« Pour ses voisins, la France a souvent été un modèle d’inspiration et d’admiration, par l’intensité et la portée universelle des débats intellectuels dont elle a le secret. Elle est source d’accablement pour ses amis qui la voient se perdre dans une polémique stérile sur l’identité nationale. L’opportunité politicienne de ce débat, sa conduite hésitante et ses finalités floues donnent en effet l’impression désastreuse que la France a peur d’elle-même. Il y a décidément quelque chose de pourri en République française.

[…] Quelles sont les finalités de cette affaire ? Apprendre La Marseillaise à l’école ? L’absurde le dispute au grotesque.

Non pas qu’il faille avoir honte de son chant patriotique. Mais plutôt que de se lamenter sur le fait que les jeunes connaissent mieux les paroles d’un chanteur à la mode plutôt que celles de l’hymne national, les Français devraient plutôt être fiers de savoir que La Marseillaise est connue.

Cette crispation sur les symboles nationaux est le symptôme le plus patent du malaise national transpirant à travers ce débat raté. C’est un réflexe de peur incompréhensible quand on connaît le poids et l’influence de la France en Europe et dans le monde. Tous les pays ont des problèmes d’immigration, les ex-pays coloniaux plus que les autres, mais nous savons bien que c’est moins l’islam qui pose problème que le manque de formation et le chômage.

[…] de la France qu’on aime et dont on a besoin, on attend des idées, des projets, et non pas le repli identitaire d’une vieille nation frileuse, plus occupée à ressasser les échecs du passé qu’à préparer ses succès de demain. Le légitime respect dont jouit toujours la France hors de ses frontières est un gage de reconnaissance précieux et un point d’appui pour redonner confiance aux Français. Un peuple confiant trouvera sa place dans l’Europe et le monde. Et ses gouvernants seraient bien inspirés d’en prendre conscience. »

Personnellement, mon attachement à la France (dont j’ai la nationalité) pendant les 25 ans où j’ai résidé en Flandre n’a jamais fait de doute. J’ai fait mes études en France et ai gardé ma nationalité française, malgré l’insistance des autorités flamandes qui voulaient que je devienne belge, que j’apprenne le néerlandais, que j’étudie en Flandre. Et pourtant, je ne chante plus la Marseillaise, hymne à l’incitation patriotique et outil de propagande nationaliste depuis que j’ai vu J-M Le Pen la glorifier à chacun de ses meetings. Je n’ai qu’une nationalité, mais me sens bi-culturelle, et l’appel au chauvinisme patriotique me choque et me fait peur. Et paradoxalement (ou peut-être pas d’ailleurs), je me sens moins française depuis que j’y habite. Les tracasseries administratives, l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir, la chasse aux étrangers, et à ceux qui ne le sont pas , comme moi en somme, m’ont dégoûtée de ce pays, mon pays, dont je vantais les mérites encore en Belgique, pour lequel je me suis battue bec et ongles pour en rester la citoyenne. Ce pays qui en 2008 m’a dit que, parce que ma mère est née à l’étranger, je n’étais peut-être qu’une sale usurpatrice d’identité, et qui ma refusé de renouveler mes papiers d’identité, réputés peut-être « volés à un vrai Français ».

Alors on peut critiquer la tribune de M. Verhofstadt, ancien Premier Ministre d’un pays qui se déchire mais qui n’a pas à se poser la question de son identité, mais c’est pour l’instant la seule intervention qui soit sensée dans ce débat, et qui admet que ce débat est comme ce pays : il n’a qu’une obsession : les étrangers. Plutôt que de les accuser de tous les maux du pays, il serait peut-être plus utile d’étudier les raisons pour lesquelles les enfants de la République s’en détournent, et ne chantent plus la Marseillaise.

On a beaucoup parlé des dysfonctionnements (pour dire le moins) d’Eurostar le week-end dernier et début de semaine, où à cause des conditions météo défavorables, le trafic a été interrompu pendant plusieurs jours, avec cinq trains (et Claudia Schiffer) coincés dans le tunnel pendant des heures.

En France, l’une des seules réactions notables à l’incident, c’est « l’indignation bling-bling » du Président Sarkozy, qui en bon Empereur, a exigé une reprise à 100% dès lundi matin. Point barre. Que Guillaume Pépy se débrouille avec ça. A part ça, on cherche à comprendre ce qui a pu aller de travers, mais les réactions sont encore relativement modérées.

En Belgique aussi, on a souffert de l’arrêt de l’Eurostar (qui dessert aussi Bruxelles). Sauf que là, même la presse est intraitable. En plus de reprendre les propos colériques du spécialiste voyages de Test-Achats (« Les droits des passagers ont été violés de façon flagrante »), les journalistes y vont de leurs petits commentaires, et loin de s’en tenir à leur devoir de réserve, dressent la liste des gaffes du transporteur : pas d’information sur le site Internet, ni de traces d’un numéro à appeler; pas de boissons ni d’alimentation à bord du train (« il n’est pas possible qu’il n’y ait rien à manger dans ces trains, au moins pour la 1ere classe » : en tout cas, pour les TGV courte distance, il n’y a en effet plus d’alimentation à bord); pas d’assistance au voyageur (un couple avec enfants s’est vu renvoyer à l’hôtel alors qu’une demi-heure plus tard, un train quittait la gare avec des enfants, jugés prioritaires. « Ils pourraient les poursuivre ! »); pas de compensation pour les nuits d’hôtel, sauf pour les Britanniques coincés à l’étranger. Bref, un manque de service qui ne passe pas chez les Belges. Pourtant, le trafic national a été également fort perturbé, mais là, on n’a rien dit. Il faut dire que les conditions climatiques y étaient encore pires qu’en France, les gens ont sans doute été plus compréhensifs quand il s’agissait de ne pas avoir de train pour aller travailler.

Mais ceux qui ont vraiment souffert du mauvais temps cette semaine, ce sont les Hollandais : seulement 15% des trains circulaient le week-end dernier ! Chez les Bataves non plus, on ne rigole pas avec la notion de service. Même si ici, contrairement à la France, on a conscience que, ben, c’est l’hiver, et qu’il faut se résoudre à moins prendre la route quand il neige et fait du verglas. Et même si ici la Reine n’a pas émis d’ordre vague et péremptoire à la Sarkozy Ier, la chambre des députés a quand même demandé une enquête sur les conditions de ces ratés, et comment les éviter à l’avenir. Au moins c’est un peu plus constructif. En attendant, les chemins de fer hollandais sont la risée de leurs voisins allemands, dont le climat est sensiblement le même, mais où le trafic est bien plus constant. Il faut dire qu’ils investissent énormément préventivement, et dégèlent les voies tous les jours pour éviter les problèmes… Ils se disent donc prêts à conseiller leurs voisins si besoin…

RTE, gestionnaire des réseaux électriques français, nous avait prévenus il y a quelques semaines : la France risque la coupure d’électricité cet hiver. La faute à une demande supérieure à la capacité de production hexagonale, suite à l’arrêt de plusieurs centrales nucléaires. Mais aussi car la France est le pays d’Europe où les foyers se chauffent le plus à l’électrique ! En effet, deux tiers des Français utilisent ce mode de chauffage, pourtant réputé en Belgique comme inefficace, du  fait de son rendement énergétique inférieur à celui du gaz naturel, par exemple.

Moi-même, j’ai été très surprise de voir en arrivant en France qu’il était légal de louer un appartement avec juste un « grille-pain » par pièce. Le froid et l’humidité qui en résultaient auraient fait déclarer l’habitation insalubre en Flandres !

Mais c’est ainsi, puisque les Français sont persuadés que le chauffage électrique coûte moins cher, gavés qu’ils sont par la communication pro-nucléaire des gouvernements successifs depuis la crise pétrolière, les voilà en pénurie. On avait d’abord parlé de la Bretagne comme zone à risque, et c’était lundi au tour de deux millions d’habitants de PACA de se retrouver sans électricité.

Dans un pays comme la France, difficile de faire respecter des consignes civiques de bon sens pour réduire sa consommation, mais si néanmoins vous souhaitez faire un geste  pour alléger la facture des importations (notamment issues de Belgique-haha), voici quelques tuyaux :

– réduisez au minimum l’utilisation des appareils électro-ménagers, voraces en énergie : limitez l’usage du four (on peut bien s’en passer quelques jours, non ?), le fer à repasser (votre T-shirt moulant a-t’il bien besoin d’être repassé ?), bannissez le sèche-linge (c’est mauvais pour vos vêtements de toute façon).

– faîtes vos lessives après 21h. En effet, le pic de consommation est généralement atteint entre 17 et 20h, quand les bureaux ne sont pas encore fermés, mais que les gens sont déjà rentrés chez eux.

– Ne surchauffez pas ! La température recommandée dans une pièce à vivre est de 19°C, pas 23. 17°C dans la chambre vous assurera un meilleur sommeil. Et en hiver, ben… on traîne pas en chemise chez soi, on met un pull !

En tout cas, on peut me dire que les Français sont les mieux informés des conséquences du réchauffement climatique, je constate qu’autour de moi ce sont eux qui rechignent le plus à prendre le métro (comprenez que c’est impensable), qu’ils sont toujours les plus frileux,  refusent d’entendre parler des recommandations prescrivant une température ambiante de 19°C, ne connaissent pas les pulls en hiver, chauffent à l’électrique (comme tous les Français cela dit..), n’éteignent pas forcément la lumière, ne connaissent pas le compost, les récupérateurs d’eau de pluie ni les panneaux solaires.

Ma vie transfrontalière me porte à croire que les Français, s’ils connaissent beaucoup, peuvent faire mieux ! Mais c’est sans doute un effet loupe, ne nous leurrons pas. C’est encore le cas de beaucoup d’entre nous… Allez, un petit effort et imitons les propriétaires flamands qui s’équipent depuis une décennie et qui généralement sont plutôt plus économes en énergie : les tarifs y sont plus dissuasifs, et la culture y est également plus à l’ascétisme qu’à l’exubérance. Ça aide évidemment…

Un habitant de Couvin, Jean Lory, fait le plein d’essence en France et se retrouve, par la suite, avec son compte en banque bloqué sans raison apparente. Il s’agit en réalité d’un système de garantie de paiement, tout à fait légal mais inconnu du public, qui permet de bloquer un compte pendant 24 heures.

Un habitant de Couvin, Jean Lory, a eu la désagréable surprise de voir l’argent de son compte bloqué quelques jours après qu’il eut fait le plein d’essence en France pour la somme de dix euros. En réalité, une transaction a eu lieu à son insu. Renseignements pris dans une banque, il s’agit d’une procédure normale, mais peu connue.

Le Couvinois disposait de 190 euros sur son compte. Après avoir fait un plein de 10 euros et retiré 10 autres euros à un distributeur, il a eu la surprise de constater que ses courses (82 euros) dépassaient le montant autorisé. Rien sur son compte n’indiquait cependant qu’il n’y avait plus suffisamment d’argent.

Les compagnies pétrolières se réservent une garantie sur votre compte

Interrogée, une banque explique que les compagnies pétrolières vérifient, avant chaque plein, qu’il pourra être payé et réservent une garantie. En France, cette garantie s’élève à entre 130 et 150 euros, bloquée quelques jours. Le Couvinois a quant à lui lancé une pétition pour réclamer qu’une mise en garde soit affichée systématiquement sur les pompes et que les banques informent davantage leurs clients sur ces risques.

Merci à Bieres et Chicons, qui nous signale cet article drôlement drôle et en plus véridique dans DailyNord (et écrit par un Ch. D, puisqu’on me demande de citer l’auteur……) sur la différence de traitement de la grippe A des deux côtés de la frontière…

Le virus H1N1 est intelligent. Si, si : il reconnaît les frontières et parfois même s’arrête docilement à son seuil. Décidément, ça s’arrange pas chez DailyNord… Pourtant, à éplucher la presse transfrontalière ces derniers temps, on a ressenti cette vague impression. Tandis que le canard français est touché de plein fouet par la grippe porcine, son homologue belge est moins prolixe. Ou plus serein, c’est selon.

0909pig Mont-à-Leux. Aux portes de Wattrelos.

 On n’est plus vraiment en France, pas tout à fait en Belgique. Pas grand chose qui change sauf le prix des clopes, le grouillement d’enseignes (tabac, essence, re-tabac, bistrot) et aussi l’étal du marchand de presse. Deux canards limitrophes, Nord Eclair version belge et Nord Eclair version française (en dépit d’un passé commun, les deux titres sont aujourd’hui indépendants). Recherche sur leurs sites respectifs : 171 occurrences côté français sur les trente derniers jours pour la « grippe A », une vingtaine du côté belge. Près de 600 occurrences sur le site de La Voix du Nord, ces trente derniers jours…

Notre Hexagone a beau être le pays le plus touché d’Europe selon l’OMS, on a du mal à imaginer une grippe A à deux vitesses dans cette zone transfrontalière. D’ailleurs, la Belgique compte plus de 6 000 cas à ce jour pour 10,5 millions d’âmes (pour un point sur la grippe A en Belgique, lire cet article). Alors pourquoi on en parle davantage en France ? Au-delà d’éventuelles différences culturelles propres à la presse chez les deux voisins -en particulier en matière de santé-, l’explication se lit avant tout dans le train de précautions variant d’un pays à l’autre.

En Belgique, les écoles restent ouvertes

« Les mesures sont bien moins draconiennes en Belgique, confie un confrère de Nord Eclair à Tournai. Il n’est pas question de fermetures de classes. » En témoigne ces cas survenus dans une école tournaisienne la semaine passée. […]

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